De quel côté es tu
mardi 16 février 2010
par NA Franck

« “de quel côté es-tu ?--j’aime mieux le lard.” »

Il y a des mauvaises questions, des questions inopportunes, des votations qui forcent le débat, des sujets dont on se passerait volontiers, des questions qui entraînent sur des sujets que l’on devra trancher avec un couteau dans le dos : “Tu préfères ton père ou ta mère ?”

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pétition du 2/2012
a signer et faire suivre
Droits de la femme et Islam
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Arabe RAP IMG/flv/raparabe.flv

 Il ya eu, bien qu’illicite, le délit de “sale-gueule”.

Puis il est apparu le délit de tenue ostentatoire. Déjà plus châtié, plus savant comme langage et presque technique. Si un dictionnaire se trouve à proximité, le mot pourrait à lui seul récuser toute prohibition honteuse. L’indiscrétion n’est pas là où la loi voudrait nous le faire croire. Qui s’exhibent ? Et où est l’outrage ? Pour qui ? Un délit d’habit non-conforme ? Les cagoules, les casques intégraux, les masques hygiéniques, les insignes publicitaires, militaires, morbides, les slogans grossiers, racoleurs et même vindicatifs ne sont pas concernés. Mais le voile, oui. Pas celui des paysannes ni des dames du monde ni des personnes ayant subi une chimiothérapie : Non, il faut savoir interpréter. Le voile identifié comme islamique, celui qui masque les cheveux. Celui qui est pudeur, justement. Avec ostentation. Sur l’espace publique, il faudra se découvrir. Et le remettre une fois rentré à la maison ?! Sous prétexte d’anonymat, de tentative de prosélitisme ? D’appel à la violence ? de communautarisme ? La laïcité a bon dos. Encore une mauvaise question.

Il y a encore un nouveau délit qui voit le jour. Le délit de style : pas de permis de construire si pointe un minaret. Juste une tourette ? Non. La mosquée doit avoir le style régional : une mosquée-chalet suisse : oui. Ou une mosquée en bardages de supermarché : pas de problème. Ou enterrée, vous y avez pensé ? Mais une mosquée visiblement mosquée, même dans un style contemporain : alors là, ça ne passe pas.

Il y a d’autres projets de délits : pourquoi pas le délit de paroles étrangères : C’est vrai, ces paroles que l’on ne comprend pas sont peut-être ostentatoires, en tout cas, elles ne sont pas dans le style. Certaines langues pourraient devenir prohibées. L’enseignement, l’usage et l’édition pourraient en être interdits. Pourquoi pas ?

Ou alors, on simplifie toutes ces lois par une seule : le délit de non-identité nationale. Voilà, comme cela, c’est clair. Encore faudrait-il définir ce qu’est cette identité nationale, un spectre caduque agité entre culture pseudo-officielle et histoire ancienne, géographie du passé et besoins économiques. Toutes ces propensions à créer du délit convergent vers un seul but : trâcer des frontières.

La nature n’aime pas le vide, la politique du pouvoir n’aime pas le flou ; on pourrait dire, n’aime pas l’humain. Où se trouvent les frontières entre les cultures, entre les civilisations ? Mais là, on ne va pas aller dans la dentelle : les pères Ubu réclament des frontières simples, claires, arbitraires. Mais pour quoi des frontières ? Seront elles là pour protéger les peuples ? Que nenni : Ce doit être des frontières qui circoncisent des marchés. Qui rendent facile à lire des plans de batailles. Des frontières qui simplifieront les emballages des produits et la vie des prêtres de la norme. Des juristes, vassaux de transnationales commerçantes et financières, qui, elles échapperont de toutes évidence aux futures restrictions, se penchent sur les normes admissibles. Sur chaque visa, l’intolérable apparaîtra. Sur les cartes du monde, les interdits figureront :

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" ici, la mini-jupe est un couac. Lâ, pas de burqua, sinon COUIC.

Ici, on attend que le vieux ait fini de parler avant de prendre la parole. Et toc.

Et là, les femmes mangent dans la cuisine, mais elles ont les places assises dans le car. Tel quel.

Ici, la télévision est obligatoire. Dixit les Hautes Instances de l’Audiovisuel Collectif, le HIAC.

Là, l’affectation dépend du canton d’origine. Bâle-Ville ou Bâle campagne, le canton d’origine ? Ball-trap ?

Tu parles notre langue ou pas ? Tu comprends ce que je te dis ou tant pis pour toi ? d’Oï ou d’Oc ?

Si chez toi la mendicité est illicite, elle, par contre, est un des commandements sacrés auquel on doit se soumettre quotidiennement. ça te choque ?

Ici, on mange du chat et rien d’autres. Et avec des baguettes. D’acco d’ac ? T’as les crocs ?

Là ceci, ici cela, etc..."

Les traits de caractères et comportements à la mode seront renforcés de part et d’autre. Les polices auront un nouveau credo : “de quel côté es-tu ?” “de quel côté es-tu ?” est une façon de pouvoir compter sur sa bande. “Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi.” Pas d’autres alternative chez les despotes. Tu cautionnes ou tu déguerpis. Ni réfractaires ni autres sons de cloches ne seront tolérés. Toute déviance est intolérable pour la Camorra et pour les califes qui veulent être califes à la place de tous. C’est la politique intensive et comme l’agriculture intensive, elle ne supporte pas la diversité, si difficile à contrôler, à asservir, à exploiter. Les intégristes veulent un adversaire. Le duel s’organise.

Pourtant le monde est flou et les flux de populations n’ont jamais tissé de filets aussi serrés. Malgré une globalisation humaine évidente, des murs, et des distinguos grossiers et simplificateurs voudraient être érigés. Les frontières entre les personnes ont toujours provoqué des exodes, des conflits partisans, des idéologies aussi arbitraires que sanguinaires, la guerre, tout simplement. Le dialogue, à travers les frontières se limitent aux trafics.  Mais, le monde bouge. Le monde est vivant. Il mute inexorablement. Les populations se déplacent sans qu’aucune loi ne parviennent à les stopper définitivement, seulement à accroitre les souffrances de l’exil. Aucun mur n’est définitif. C’est seulement une injure à l’humanité, à l’espace, à la Terre.  Regardez autour de vous, est-ce que vous pensez qu’il faut tronçonner le paysage entre occident judeo-chrétien et le monde musulman ? Et ainsi , exacerber les particularismes, comme deux chiens de combat que l’on excite derrière un grillage avant de lancer l’affrontement ? 

Les paris sont ouverts. On les appelles les cours de la bourse.

 Ou bien faut-il participer et inciter à l’échange et à la dilution des différences de toutes les complexités humaines ? 

Gagner ainsi du temps et réduire le choc des blocs.

 Le mouvement est enclenché. 

La vraie frontière est dans ce choix : vivre avec ou contre. Au cas par cas. Avec ou contre.

Mais il faut savoir que par l’acceptation de l’échec pacifique, nous tricotons le grillage.

A.D. Genève, le 1 1 2010

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