Ici, il est interdit d’être pauvre
lundi 19 mai 2008
par NA Franck

Depuis la nuit des temps, et partout, sous toutes les latitudes, il y a des mendiants, et d’autres qui font des offrandes.

Dans toutes les religions, toutes les sociétés, sur tous les continents, les plus vastes, à toutes les périodes, les fastes comme les difficile, l’aumône a existé. C’est un lien de solidarité directe.

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Tamil Nadu save money W
photo NA

La conscience individuelle est sollicitée dans cet acte. La conscience individuelle, celle qui n’attend pas qu’on lui dise ce qu’il faut qu’elle pense et fasse. Mais là, c’est interdit. Oui, depuis janvier 2008, la mendicité est prohibée à Genève. Aujourd’hui, en suisse, si on vous surprend tendant la main, vous êtes passibles de cent francs suisses payable de suite, sur le champ. Et mille francs si vous êtes accompagné d’un enfant. Étonnant, non ? Et l’on vous vide les poches (si, si, c’est autorisé, ce n’est pas considéré comme une fouille), on vous vide les poches, des fois que vous auriez encore quelques pièces pour payer l’amende. Ah mais, vous avez droit à un reçu, une belle quittance en bonne et dure forme.

je vous demande pardon, mais je n’ai pas compris ce qui a motivé cette loi en République de Genève. Est-ce une relecture de Calvin ? La raison invoquée pour justifier cette prohibition de la misère, est-ce au nom d’un confort visuel ? C’est vrai, ce n’est jamais plaisant de côtoyer plus pauvre que soi. C’est vrai qu’on en voit assez à la télé comme cela. C’est vrai qu’il y a assez d’endroits misérables dans le monde pour que leurs occupants ne viennent pas là où il y a tout ce qu’il faut. Et puis que nos pauvres, ils seraient sûrement mieux avec les autres pendant qu’on y est.

Mais tout de même, j’ai un peu de mal avec cette logique. Parce que si la mendicité est interdite dans les lieux publics, faut-il créer des lieux privés où l’on puisse la pratiquer ? Faut-il dédommager les nécessiteux par une allocation spécialisée ? Parce que interdire la mendicité ce n’est pas réduire la pauvreté. Donc que faire si vous ne voulez pas la voir ? Un bac de sable pour faire l’autruche ?

Et puis, si l’aumône est un délit en étant une incitation à la débauche, alors il va falloir bien sûr interdire les galas de bienfaisance, et arrêter tous les donateurs. Tous ces receleurs que sont ces fondations qui vivent de la générosité. Finalement, la misère pourrait rapporter pas mal d’argent à ceux qui l’interdisent.

Mais c’est quoi cette logique ?

A. D. Genève, avril 2008

NA