Le statut du réfugié de la faim
mardi 18 mars 2008
par NA Franck
IMG/flv/Ziegler.flv

"Le statut du réfugié de la faim"

par Jean Ziegler,

tourné par Franck NA à La Havane en octobre 2007 dans les jardins de l’Ambassade de Suisse à Cuba.

Cette question fut évoquée en marge de la mission du Rapporteur spécial de l’Onu sur le droit à l’Alimentation et qui fut l’objet d’un autre film de trente minutes "Qui a peur du loup" réalisé par Franck NA.

Commentaire 01 : Agression climatique

Cuba : une île heurtée par des bourrasques. L’hostilité viendrait du large. Pour bien endiguer ses administrés, les pouvoirs entretiennent la peur d’une hostilité permanente venant de l’extérieur. Dans les Caraïbes, la nature favorise ce climat d’insécurité puisqu’elle capable effectivement de déployer des tourmentes meurtrières, dont le parcours capricieux n’épargne pas toujours Cuba.

Comme sous tous les tropiques, de grands X au ruban adhésif sur les vitres rappellent que les tornades fréquentent les lieux. Les verres des fenêtres sont ainsi biffés pour contenir les morceaux, s’ils venaient à voler en éclats sous le souffle d’une agression naturelle. Aujourd’hui, le vent est tombé. L’ouragan a choisi le grand large. Après avoir dévasté des villages, inondé des routes, et tué une cinquantaine de personnes sur l’île voisine, il n’a qu’effleuré nos côtes. La région de l’Oriente a tout de même été violentée. Des arbres ont été arrachés. Et la pluie, la pluie n’en finissait pas de remplir les lits des rivières, les fossés et les jardins et les champs de nos récoltes. La mer s’est calmée. La présence du vent énerve la mer. Elle se jette alors sur les digues, sur les rochers. On dirait qu’elle a besoin de casser, quelque chose, n’importe quoi qui lui tomberait sous le poing, un bateau, la baraque des pêcheurs. Mais il est passé, le vent, tulle enveloppant la course folle de l’ouragan. Il est loin. Au Nord, Nord-Est. Les vagues ne se jettent plus sur la jetée ; Lourdes ; hystériques. Ont disparu ces gerbes gigantesques qui éclairaient le ciel de leurs baves, et assombrissaient de leurs ombres menaçantes leurs victimes invisibles avant de les engloutir. La mer est presque rassasiée. Quelques lignes d’écumes, éparses et disparaissant une à une, comme le bras d’un nageur de crawl, lent, fatigué, blanc de fatigue et de froid, un bras, ici et là, creusant la surface de l’onde pour avancer, encore, quelques brasses, fantomatiques d’un nageur, rescapé de la tempête peut-être, épuisé, il creuse devant lui et le voilà qui encore replonge, il a encore disparu. Où est-il ? Serait-il perdu ? On aurait une bouée qu’on ne saurait où lui lancer. Perdu de vue. Là-bas, une ligne tremblante de la longueur d’un bras, là-bas, un bras qui s’enfonce encore une fois, je le vois, dans l’onde épaisse et noire.

A.D.