Grève pour le CLIMAT, mai 2020 en plein confinement Genève
jeudi 21 mai 2020
par NA Franck

"Grève du 15 mai : pour la justice sociale et climatique" Genève

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En ce vendredi 15 mai, devait avoir lieu une grève qui aurait rassemblé des milliers de personnes à travers toute la Suisse. Les grèves pour le climat précédentes avaient été organisées par le mouvement de la Grève du Climat. Pourtant cette fois-ci, à Genève, un collectif s’est créé pour ce faire. Le « Collectif 15 mai Genève ». Il est composé de divers syndicats, partis, collectifs et mouvements qui luttent pour la justice climatique et sociale. La richesse de ce collectif est bien sa diversité.

L’intention de cette grève était l’implication des travailleurs et des travailleuses, qui est essentielle puisqu’ils et elles représentent la force de travail et de production de nos sociétés. Le changement climatique est totalement lié à à cette manière de produire représentée par les travailleur.euse.s. Il était donc vital d’ouvrir ces manifestations de façon à unir les « plus jeunes » des mouvements pour le climat et les forces de travail.

Greve Climat Mai 2020 IMG/flv/GreveGenevClimatMai202.flv
Genève

Au vu de la situation actuelle, du Covid-19, nous avons dû reporter cette grève à plus tard, lorsque la situation sanitaire le permettra. Toutefois, nous avons su nous réinventer et maintenir cette journée de protestation. Parce qu’aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel de nous faire entendre. Parce que les bars, les restaurants et les magasins rouvrent, mais que nous ne pouvons pas manifester dans la rue dans le respect des règles sanitaires en petits groupes.

Parce que nous ne voulons pas une relance économique au détriment de l’environnement.

Parce que l’on entend déjà parler de retour à la normal, de « business as usual », mais qu’est-ce que la normalité ? Des glaciers qui fondent, la montée des eaux, la 6ème extinction de masse, les migrations climatiques ? Une société basée sur le profit à tous prix, la croissance infinie sur une terre finie, qui avec son rythme effréné creuse le fossé des inégalités en tout genre.

Parce qu’il est prouvé scientifiquement que les zoonoses sont liées à des enjeux environnementaux, tels que la déforestation, l’industrialisation effrénée, l’élevage intensif, etc.

Pour toutes ces raisons, nous sommes tout de même venus aujourd’hui pour cette action collective, bien que celle-ci ait formellement été interdite par les autorités. Parce que oui, nous avons déposé une demande d’autorisation en bonne et due forme, avec la garantie que les mesures sanitaires seraient respectées, mais celle-ci a été refusée. Les slogans « le climat n’attend pas » « Nos vies valent plus que leurs profits » et « changeons le système » devaient absolument faire partie de cette journée, à 11h59, car il est moins une. En ces temps de « relance économique », la catastrophe climatique et les problèmes sociaux engendrés par la crise du covid-19, la paupérisation des plus précarisés, le chômage partiel (mais qui étaient déjà bien présents avant cette crise bien sûr) doivent être la préoccupation principale de nos politiques.

Mathilda Zanella, Grève du Climat . .

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Le rôle des syndicats n’est pas seulement d’accompagner ou se fondre dans le mouvement pour le climat. Notre rôle dans la lutte pour le climat est de remettre en question le mode de production de croissance économique basé sur l’exploitation sans limites de 2 facteurs : les ressources naturelles et la force de travail des salarié-e-s.

Ceux qui tirent des profits indécents de l’exploitation des ressources naturelles sont les mêmes qui tirent des profits indécents de l’exploitation des salarié-e-s en refusant les augmentations de salaire, le salaire minimum légal, qui imposent des cadences de travail nuisibles à la santé physique et psychique, qui flexibilisent le temps de travail, veulent augmenter l’âge de la retraite. Ceux qui ont délocalisé des productions essentielles (de médicaments de base, d’équipement de protection du personnel soignant et outils médicaux, de masques etc) qui ont fait défaut lors du pic de la crise sanitaire vers des pays pouvant offrir de la main d’oeuvre à très bon marché et sans droits syndicaux. Ceux qui refusent l’égalité salariale entre les hommes et les femmes et s’accommodent de la non reconnaissance du travail des femmes, qui refusent de fournir des conditions de travail et de salaire décentes à toutes ces professions qui étaient invisibles et non reconnues qui sont devenues essentielles lors du demi-confinement : caissières, livreurs et transporteurs, nettoyeuses et nettoyeurs, personnel de l’économie domestique, logisticiens dans les entrepôts, personne agricole et dans le domaine alimentaire, qui pour la plupart subissent une grande précarité Ceux qui aujourd’hui ont obtenu gain de cause auprès des autorités pour le retour à la normale, qui ont obtenu du soutien en dizaines de milliards de francs à des entreprises et branches, en réduisant à 80% le revenu des salarié-e-s tout en permettant à ces entreprises de continuer à verser des dividendes aux actionnaires, et sans contrepartie aucune sur le plan de la reconversion écologique de la production. Ceux qui vont exiger demain de réduire cette dette en en faisant payer le prix aux salarié-e-s et à la population par le démantèlement des assurances sociales et des services publics. Le projet de grande grève pour le climat qui a dû être repoussé, est plus que jamais d’actualité. Le collectif genevois pour la grève du 15 mai a élaboré un manifeste Climat et Covid. Sur 15 revendications, nombreuses portent sur le monde du travail.

Le collectif revendique :

Contre le chômage de masse et pour une transition écologique, sociale, démocratique, féministe, inclusive

il revendique :

De relocaliser les productions essentielles, en particulier les biens et services inhérents aux domaines de la santé, de l’alimentation, de l’hygiène et du textile. La création massive d’emplois écologiquement durables ainsi que leur financement. La réduction massive de la durée du travail à salaire égal. La réorientation démocratique de l’économie et la décision collective quant à savoir ce qui doit être produit et la répartition équitable des richesses, le développement du télétravail, sur base volontaire et réglementé afin de protéger les droits des salarié-e-s en télétravail. Pour la protection de la population et le droit de vivre il revendique : Le versement à 100% des RHT et autres allocations pertes de gain, un revenu pour toutes et tous, y compris les exclus des mesures des autorités (précaires, temporaires, travail sur appel, intermittents du spectacle, petits jobs, petits temps partiels, faux indépendants) et sans considération de nationalité de permis ou de résidence, l’interdiction de licencier durant et après les mesures d’urgence, la protection de la santé de ceux qui travaillent avec droit de retrait garanti si les conditions ne sont pas adéquates,

Pour des services publics au service de la santé et de la population il revendique :

La reconnaissance du personnel soignant et social, la fin des quotas pour la formation du personnel soignant, et d’en finir avec le dogmatisme néo-libéral des politiques d’austérité imposées aux services publics qui n’ont d’autre but que l’allégement des impôts pour les plus riches. Concernant les droits syndicaux, le collectif revendique le droit de grève écologique.

Manuela Cattani, co-secrétaire générale SIT, membre du Collectif grève 15 mai