I am the law

by Jack Bauer

Quoi, le Bauer cause encore d’une série télé ? Et que personne ne connaît, en plus ?! Mais il ne fait que ça de sa vie ou quoi ?!

Ben oui. Je suis une grosse patate de canapé qui se vrille le cerveau devant un écran dont émergent une batterie de câbles divers et variés ainsi que, occasionnellement, des images et du son. Et pis, c’est ma faute, peut-être, si depuis quelques années, les fictions originales et de qualité sont plus issues de ce médium-l� que du cinéma ? Nan. Pas ma faute. Alors je procède et vous éclaire de ma lumière, car je suis une patate de canapé phosphorescente.

Bon ! Le paragraphe «ego», c’est fait ; je passe à la partie «thèque».

the shield_vic.jpgLes trois flics entrent en force et abattent le dealer au moment où il allait leur tirer dessus. Le chef du petit groupe, un chauve un peu bedonnant, se retourne alors vers l’un de ses collègues et lui colle une bastos dans le crâne avec l’arme du défunt malfrat. Le collègue n’aura plus l’occasion de dénoncer ses magouilles. Nous sommes à la fin du premier épisode de The Shield et venons de faire connaissance avec son héros, Vic Mackey.

Cette scène choc n’est pas là par hasard. Dès le début, le spectateur est prévenu : ces flics-là , faut pas les faire chier. Mackey dirige la strike team, une équipe de quatre flics qui font plutôt plus peur que les gangsters qu’ils traquent. Dans la rue, les voyous s’écrasent et payent leur dîme. Car la strike team a une recette bien rodée pour faire régner un semblant de calme dans les rues du quartier de Farmington : laisser le contrôle de la vente de dope à un gang, lequel se démerde en échange pour que le violence ne déborde pas trop dans la rue. Et les flics en profitent ainsi pour arrondir des fins de mois pas toujours évidentes à assurer avec leur seul salaire.

the shield_3.jpgPour autant, et c’est là que la série devient passionnante, Mackey et ses hommes ne sont pas des pourris. Le maintien de l’ordre leur tient à coeur, ils ont des valeurs (pas tous les mêmes), des principes. Mais leurs méthodes sont de celles qui s’apprennent dans la rue et pas dans les écoles de police. Au fil de la série, le spectateur sera amené à trouver Mackey insupportable, touchant, effrayant, bon à enfermer, digne d’une médaille. Dans The Shield, pas de manichéisme. Juste le défilé permanent des horreurs quotidiennes d’un quartier pauvre de Los Angeles.

S’il est un sentiment que la série développe chez son spectateur, c’est bien celui de la banalité de ces horreurs. Et celui de la banalité de ceux qui les commettent et qui, le plus souvent, ne sont pas spécialement des méchants. Les vrais méchants, dans The Shield, ne sont pas légion (pas plus d’ailleurs que les vrais gentils). A Farmington, chacun se démerde comme il peut. La frontière entre le bien et le mal, entre le juste et l’injuste, est forcément ténue.

the shield_2.jpgTour à tour drôle, écoeurante, effrayante ou émouvante, évidemment violente, fatalement glauque, mais aussi, à l’occasion, porteuse d’un peu d’optimisme et d’espoir, The Shield est série coup-de-poing dans la gueule qui construit, au fil des épisodes et des saisons, une galerie de personnages particulièrement bien écrits, mais aussi et surtout une description quasi sociologique du monde de la rue, de la pauvreté aux Etats-Unis, de la corruption dans le système, pour ne pas parler de corruption du système.

the shield_0.jpgLe manque de moyens des policiers, les gangs de blacks qui ont peur des méthodes importées par les gangs latinos ou asiatiques, les violeurs en série qui ressemblent à monsieur tout le monde, les flics fascinés par les voyous et prêts à basculer du côté obscur, le découpage communautaire, social et économique du territoire, la violence ordinaire, les gamins même pas pubères et déjà foutus, la sécurité du citoyen sacrifiée sur l’autel d’ambitions politiques, tout cela et bien plus encore est au menu de The Shield, une série qui fait du bien quand elle fait mal.

Saison 4 (avec Glen Close !) en cours de diffusion sur Canal+. Saison 5 (avec Forest Whitaker !) en cours de diffusion aux USA. Pourvu que ça dure !

Pour ce que j’en sais, France 3 a acheté les droits de diffusion de The Shield. Peut-être en remplacement de Plus belle la vie ?!

3 Responses to 'I am the law'

  1. Adafairy Says:

    Très bonne idée, Jack, de parler de cette série on ne peut plus intéressante!!! Je l’adore!
    Pour ce qui est de remplacer Plus belle la vie, allez avoue, tu veux leur donner une crise cardiaque!? hihihi

  2. ED Says:

    Alors l , tu frappes fort encore une fois. The Shield ! La série qui fait passer les Sopranos pour des enfants de coeur, c’est pas rien.
    Surtout quand les gus sont censés faire régner la loi et l’ordre. Plus pourris que les criminels qu’ils pourchassent. Pas franchement sécurisant tout ça même si la morale est sauve : voleurs volés, criminels torturés,… et une certaine humanité préservée : amour, famille, amis (encore que…).
    Encore une série est de grande qualité, avec des personnages complexes comme on n’en trouve plus que dans les séries télé. A regarder petites doses tellement c’est noir, que ça sent la vie, la mort…
    A quand un cross-over The Shield/ Oz ?

  3. Jack Bauer Says:

    Je ne trouve pas que les flics de The shield, même la bande Mackey, soient “plus pourris” que les criminels ; la série en deviendrait manichéenne dans le sens inverse de l’habitude. Disons qu’ils ressemblent beaucoup ceux qu’ils pourchassent…

    Quant aux Sopranos et Oz, voici deux séries dont la réputation n’est plus faire et dont je n’ai jamais vu un épisode. Honte moi. Mais ce n’est que partie remise !

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