La loi des séries

by ED

Vu un documentaire l’autre jour sur Jimmy à l’occasion d’une grande remise de prix, très probablement les Emmy Awards. Occasion d’un panorama des séries actuelles ponctué de commentaires sur l’écriture, la production, la réalisation,…

24.jpgAlors que le cinéma nous noie sous des déluges d’effets spéciaux, joue la carte du toujours plus violent, toujours plus spectaculaire avec des personnages toujours plus manichéens et stéréotypés, ou nous endort avec des histoires aussi ténues qu’invraisemblables, force est de constater que la télévision, et plus particulièrement les séries, est devenue espace de création. Alors que le cinéma s’épuise à la recherche du consensus pour faire recette, les séries n’ont pas peur d’innover, de choquer, de mettre en scène des héros pas franchement exhaltés ou exhaltants. Le cinéma nous en met plein la vue mais ne nous fait plus beaucoup rêver. Heureusement, la télévision prend la relève.

sex&city.jpg Il est bien loin le temps de la télé uniquement dévolue au divertissement des masses laborieuses et présumées incultes, fini le temps des “soaps” distillant une morale à quatre sous à travers des personnages caricaturaux. Les séries ont évolué au rythme de la progression des réseaux de diffusion qui ont trouvé ainsi un moyen d’affirmer leur différence et conquérir un public de plus en plus friand de nouveauté et de qualité.

L’avantage des séries télé, c’est la flexibilité. Les projets sont beaucoup plus modestes à financer, ils peuvent s’adapter et éventuellement être stoppés avant que les pertes soient trop lourdes.

sopranos.jpgAlors qu’un scénariste de cinéma écrit pour un réalisateur, un acteur, le scénariste de télé écrit le projet qui lui plait pour le proposer ensuite aux différents réseaux. Le projet est défendu en comité, s’il plait, un pilote sera tourné puis diffusé. Selon les taux d’audience, il sera suivi ou non de toute une saison, de plusieurs saisons même dans le meilleur des cas. Dire que c’est ensuite le public qui décide n’est malheureusement pas tout à fait exact. En fonction des créneaux de diffusion, de la promotion, de la concurrence, des séries de qualité peuvent connaître une fin prématurée et souvent incompréhensible pour le public non-averti. Comme tout produit une série coûte et doit rapporter le plus rapidement possible. Que les séries soient devenues des entreprises de séduction du public ne doit pas faire oublier l’aspect économique. Il faut être réaliste, les séries télé sont des produits de consommation avant d’être des oeuvres d’art.

6fu.jpgCe que l’on aime dans les séries télé, c’est notamment la grande variété des histoires et des styles : qu’y a-t-il de commun entre les Soprano et les Fisher de Six Feet Under, entre 24 et The West Wing (A la Maison Blanche), entre Jeremiah, NYPD Blues, Once and Again, Sex and the City,… ambiances sombres ou colorées, véritables bulles de champagne, foisonnement de personnages ou cercles très fermés, intropection, enquête, manipulation, humour ou réalité…

nypd.jpgLe fait que les histoires peuvent maintenant se déployer sur plusieurs épisodes (arcs), voire une saison entière avec une évolution évidente des personnages alors que le cinéma ne peut, au mieux, nous offrir que de brefs moments de vie fait la différence. Je ne parle pas là de personnages qui grandissent, passent de l’adolescence à l’âge adulte mais d’évolution plus ténue, de l’expérience acquise qui trop exceptionnellement marque les personnages du grand écran. Alors que le cinema s’arrête à la transformation du personnage, la série poursuit en l’obligeant à vivre et se recomposer avec une nouvelle donne.
Pas question de vous dresser une liste des séries de qualité que l’on peut voir actuellement à la télé (ou découvrir en dvd pour celles qui ne sont plus diffusées). Je vais me contenter de citer quelques séries SF que j’aime parmi les plus célèbres du genre :

  • bab5.gifBabylon 5, exemple parfait de ce que peux être l’évolution à la fois d’une histoire et de ses personnages. Une première saison jette les bases sur lesquelles vont se dérouler les saisons suivantes, toutes écrites ou pensées dès le départ pour former un tout cohérent et indissociable. Vouloir occulter la première saison, c’est vouloir découvrir un pays sans en connaître l’histoire. Il faut avoir un minimum de connaissance pour bien appréhender certains évènement, comprendre certains rappports.
  • Pour ne pas être en reste, les créateurs de la série-culte, Star Trek, ont développé Deep Space Nine qui nous offre, elle aussi, ce qu’il peut y avoir de plus complet et fouillé en ce qui concerne, entre autres, la diplomatie, les rappports multi-raciaux, la spiritualité.
  • farscape.gifEt que dire de l’évolution des personnages de Farscape qui passent du statut de simples fuyards à celui de sauveurs cosmiques, d’étrangers disparates et égoïstes à un groupe uni et (presque) cohérent ? Le niveau de qualité atteint par cette série cultissime a poussé les fans du monde entier à se mobiliser lors de son arrêt prématuré ; le nombre de sites qui lui est consacré (plusieurs centaines) et leur richesse est une preuve à la fois de son excellence et du goût du public pour des séries hors normes.
  • D’après ce que j’ai pu en voir (l’épisode pilote) , Battlestar Galactica 2004 est en passe de devenir elle aussi une série-culte pour les mêmes raisons.

Voilà donc ma réponse rassurante à notre ami Jack_Bauer, sériemaniaque bien connu : “Non, tu n’es pas la seule patate de canapé, affalé devant ta télé.” et mon invitation à toutes les patates de canapé qui s’ignorent encore “Après la récréation, découvrez la télé création !”

2 Responses to 'La loi des séries'

  1. Adafairy Says:

    Très bien dit tout ça, Ed! Je ne suis on ne peut plus d’accord avec toi.

    Pour en lire davantage sur les séries des années 80, 90 et début 2000, je suggère “Les Miroirs de la Vie” et “Les Miroirs Obscures”, de Martin Winckler (oui, oui, le même Martin Winckler de “La Maladie de Sachs”, en plus d’être médecin et écrivain, c’est un fan de séries télé de qualité).

    Ada

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