Tell me where the bomb is !

by Jack Bauer

promos4_3.thumb.jpgAvec le pseudo que je me suis choisi, il fallait bien un jour que je me décide à vous causer de 24 heures chrono, ou 24 en version originale. Presque unanimement saluée lors de la diffusion de sa première saison, cette série a vu croître les critiques à son endroit, au point qu’on entend aujourd’hui qualifier de bushiste la quatrième saison (déjà diffusée sur Canal+, en cours de diffusion sur TSR1, probablement bientôt sur TF1 avec les coupures pub et les scènes censurées de rigueur, Tf1 sait ce qui est bon pour vous, fin de la parenthèse).

24 est-elle un naufrage, l’histoire banale d’une série de qualité, victime de son succès et évoluant irrémédiablement vers la nazerie totale ? À cette angoissante question, je n’hésite pas à répondre fermement : oui et non.

06_G.thumb.jpgBon, en deux mots, pour les ceusses qui débarqueraient de la planète Thermia : 24, c’est une série qui raconte les aventures de Jack Bauer, agent secret de la cellule anti-terroristes (counter-terrorist unit ou CTU) de Los Angeles. Les 24 épisodes d’une saison racontent en temps réel une journée de galère noire lors de laquelle l’ami Jack est contraint de torturer tout un tas de sales types, et occasionnellement quelques innocents, pour empêcher des méchants de faire pêter une bombe atomique, de répandre un virus mortel ou de faire exploser des centrales nucléaires, mais aussi de faire du mal à la famille et aux amis de Jack, dont le travail attire bien souvent des emmerdes conséquentes à ses proches.

10_G.thumb.jpgCar c’est la malédiction de Jack Bauer de voir ses proches grossir la liste des domages collatéraux que l’exercice de son job produit inévitablement. Lorsqu’on n’a que quelques heures pour empêcher un cataclysme majeur, on n’a guère le temps de faire dans la nuance.

01_G.thumb3.jpgAinsi Bauer est-il en permanence en conflit avec des supérieurs incapables de prendre les décisions difficiles, ce qui le pousse tout naturellement à se substituer à eux tous les trois épisodes et à appliquer des méthodes peu orthodoxes mais redoutablement efficaces, comme par exemple commencer par loger une balle dans la jambe d’un suspect avant de lui poser la première question (laquelle est généralement « Tell me where the bomb is ! »).

Sans aucun doute cet aspect contribue-t-il à donner à 24 l’apparence d’une série jusqu’au-boutiste dont le discours principal serait que la fin justifie les moyens. Mais cette lecture simpliste résiste difficilement à une analyse un peu plus poussée. Difficile en effet de parler de manichéisme lorsqu’une fois sur deux, l’origine de la menace est occidentale, voire émane directement du gouvernement américain.

12_G.thumb2.jpgLa deuxième saison reste à ce titre la plus emblématique. Première saison écrite après les attentats de sepetmbre 2001, elle présente d’abord des terroristes arabes déterminés à faire exploser une bombe atomique à Los Angeles. Il s’averrera qu’ils étaient manipulés par une faction du gouvernement déterminée à renverser le président David Palmer, un noir progressiste et intègre jugé trop conciliant vis-à-vis de certains pays du Moyen-Orient par des membres de son administration. Les théories « complotistes » sur le rôle éventuel du gouvernement Bush dans les attentats du 11/9 n’avaient alors pas le même écho qu’aujourd’hui, et l’histoire racontée par la série n’en avait que plus de poids, s’inscrivant clairement à contre-courant de l’attitude unaniment belliciste qui sévissait alors.

05_G.thumb3.jpgDans la troisième saison, le grand méchant se révélait être un ancien agent britanique laissé pour mort au Kosovo lors d’une mission conjointe avec les Américains, et désireux de se venger de ces derniers après avoir été torturé pendant quelques années, ce qui, on en conviendra, est de nature à favoriser le développement d’une certaine rancoeur.

Pdvd_048.thumb4.jpgArrive une quatrième saison qui aura certes fait du mal à la réputation de la série. Scénario roccambolesque, rebondissements permanents, incohérences, invraisemblances, temps réel fortement malmené, réalisation peu inventive, les critiques que l’on peut lui adresser sont légion. Et surtout, revoilà les terroristes arabes, caricaturaux comme ce n’est pas permis, et qui ont cette fois un plan à tiroirs total nawak grave. Seulement voilà : il faut aller au bout de la saison pour voir un président (qui n’est plus Palmer) qui ne maîtrise rien et dont les décisions contribueront à agraver la situation. Un président qui a la tronche de Nixon et les hésitations de Bush, un président ridicule et apeuré qui reconnaîtra lui-même ne pas avoir les épaules pour le poste. Un personnage qui désamorce totalement les accusations de retournement de veste politique des scénaristes, dont la détestation pour Bush est au contraire une constante visible depuis le début.

29244.jpgJe ne déflorerai pas la cinquième saison, dont la diffusion aux États-Unis n’est d’ailleurs pas terminée, mais sachez quand même qu’elle fait une fois de plus la part belle au volet politique, et qu’elle est moins que jamais suspecte de complaisance vis-à-vis du pouvoir. Comme précédemment, on y retrouve tous les ingrédients qui font le sel de 24 : de l’action en rafales, des personnages iconiques et sans le moindre humour - au premier rang desquels, bien sûr, Bauer lui-même -, des rebondissements à n’en plus finir, des scènes-choc, mais aussi des questionnements sur les actions à mener et les limites de ce que l’on peut faire pour atteindre un objectif. Bauer cogne, torture, tue, pour parvenir à ses fins, et généralement, ça marche. Mais il n’en sort jamais indemne. S’il ne finit pas à moitié mort, ce sont ses proches qui y passeront. Le message est clair : lorsqu’on utilise, pour les arrêter, les mêmes armes que les terroristes, il faut être prêt à en payer le prix. Et celui-ci peut consister en la vie d’êtres aimés.

02_G.thumb.jpg24, malgré tous ses défauts, est une série riche et surtout, ne boudons pas notre plaisir, incroyablement fun. D’aucuns se lamentent qu’un contrat de trois nouvelles saisons ait été signé ? Regardez autre chose. Moi, je bondis de joie, j’en redemande, je n’en ai jamais assez, je garde mon barril de 24 et vous laisse votre stock de bidons de Navarro.

4 Responses to 'Tell me where the bomb is !'

  1. ED Says:

    Après Vic Mackey, voilà Jack Bauer, héros pour les mecs, les durs, les vrais de vrais ! Pas le héros bien clean et gentillet pour fillettes en manque de frissons musclés !
    Passée la première saison où j’ai adoré le rythme donné aux épisodes, rythme accentué par un montage original et notamment les inscrustations d’images permettant de voir plusieurs actions en simultané pour jouer un peu mieux avec les nerfs des spectateurs, l’état de traîtrise quasi permanent mais surtout la violence de certaines scènes (et, à vrai dire, l’horrible pensée que de telles choses existent vraiment) ont eu raison de mon âme sensible.
    Un série à recommander à ceux qui croient que c’est du cinéma (autrement dit de la fiction) ou qui ont le coeur bien accroché.
    Une série à regarder justement parce que ce n’est pas vraiment/vraiment pas du cinéma ; une série qui nous fait pressentir que la réalité est sans doute bien pire encore que nous le montrent les créateurs, Robert Cochran et Joel Surnow (qui ont écrit pour des séries aussi défférentes que Falcon Crest, La Loi de Los Angelès ou Miami Vice).

  2. adafairy Says:

    Tout-à-fait d’accord avec toi Jack! 24 a bon être rocambolesque au possible (plus les saisons avancent, plus il sait s’en passer des choses en 1 heure!!!), on ne peut s’empêcher (du moins, moi) d’être scotchée à son écran, de se ronger les ongles, d’être horrifié, ému et que sais-je encore|
    Je suis du bon côté de l’Atlantique pour regarder la série en direct, mais j’ai décidé de garder tous les épisodes et de les regarder en une seule fois les uns derrière les autres (surtout pour pouvoir les regarder SANS LES PUBS!!!!!). Mais, bon dieu que c’est pas facile de rester spoiler-free.
    Je ne sais pas encore si je suis contente de savoir la série ait un contrat pour encore 3 ans. D’un côté: trois années supplémentaires du Kiefer, je ne crache pas dessus, loin de là. D’un autre, ça enlève une partie du suspense de savoir que Jack sera encore là l’année d’après (autrement dit qu’il ne risque pas de se faire tuer tout de suite), parce que 24 sans le Kief, ça n’est pas 24! Et puis il faudrait que le contrat vienne avec une garantie sur la qualité des scénarii (on peut rêver tout de même, non?)

    Ada

  3. Jack Bauer Says:

    Je pense qu’il est trop tard pour tuer le personnage de Bauer, la série repose bien trop sur lui. Dès le début d’ailleurs, nous n’étions pas en présence d’un “ensemble show” (série avec plusieurs personnages d’égale importance), nous suivions les aventures de Jack Bauer.
    Donc, on en reprend pour trois saisons, dont une, si les souhaits de Kief’cool sont exaucés, devrait se dérouler hors du territoire américain (comment ils vont faire sans le décor de la CTU ?! Ils vont être tout perdus !!!).
    Très bonne idée que de se garder les épisodes au chaud pour découvrir la saison en marathon, mais il faut une volonté de fer que je n’ai pas !!! ;-)

  4. Jack Bauer Says:

    ED : D’abord, c’est bizarre que ton post du 17 n’ait été visible que le 21… Il s’est probablement égaré dans l’un ou l’autre gouffre temporel, y’en a plein sur internet.
    Je suis assez largement en accord avec toi : la série est très violente (et la première saison est loin d’être la pire de ce point de vue), et sa violence est tout à fait réaliste. Elle donne en effet une image assez juste des méthodes atroces que se doivent d’employer les petits soldats de ce genre d’agences.
    Là où la série n’est PAS réaliste (et c’est là aussi de plus en plus vrai saison après saison), c’est dans l’accumulation d’horreurs en un laps de temps incroyablement court. C’est la porte de sortie qui, de mon point de vue, évite au spectateur de prendre tout cela trop au sérieux. Il reste que le questionnement sur les buts et les moyens restent omniprésents dans le show et en sont une dimension essentielle. Il faut voir la cinquième saison pour voir jusqu’où ils ont osé pousser ces questions pour mesurer à quel point 24 est une série politique au plein sens du terme.

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