So british

by Jack Bauer

La plupart des bonnes séries diffusées par ici nous vient des États-Unis. Ils ont la culture du format, les moyens, et souvent le talent qui manquent cruellement sous nos latitudes. Voire… Car il suffit de traverser la Manche pour découvrir quelques perles dont la qualité n’a rien à envier aux productions ricaines, bien au contraire.

Ghost squad

ghost1_113.jpgRécemment diffusée par Canal+, voici une série policière sans concessions qui, dans un registre assez différent, n’a rien à envier à The shield sur le terrain du questionnement sur la fin et les moyens. La jolie petite Amy, fliquette de son état, devient membre de la Ghost squad, une unité sans existence officielle qui traque les policiers ripoux à travers tout le pays. Infiltrée dans un commissariat quelconque, elle enquête sur l’un ou l’autre flic soupçonné d’abuser d’une manière ou d’une autre de son autorité. Loin de tout manichéisme, la série propose des portraits d’agents souvent plus désespérés que malhonnêtes, faisant leur possible pour éviter que la poudrière dans laquelle ils travaillent ne leur explose à la gueule. Oui, cet officier entretient des relations amicales avec les dealers et petites frappes du coin : il y est né, il les connaît, un respect mutuel existe, et pour que ce fragile ghost3_113.jpgéquilibre évitant les gros dérapages puisse perdurer, il faut travailler à la marge. Amy devra souvent s’opposer à sa cheffe, laquelle n’est par ailleurs pas exempte de toute considération politique dans ses décisions… Glauque et passionante, Ghost squad est une série au rythme lent, qui s’intéresse de très près aux conditions de travail d’une police qui, comme un peu partout, doit faire toujours plus avec toujours moins de moyens.

MI-5 (Spooks)

spooks_04.jpgSpooks, en anglais, ça désigne les espions. Le MI-5, ce sont donc les services secrets intérieurs du Royaume-Uni (pour l’extérieur du pays, c’est le MI-6). Spooks a souvent été présentée comme la réponse anglaise à 24 ; mais hormis le contexte et certaines thématiques, les deux séries n’entretiennent que peu de liens. Spooks n’est d’abord pas une série d’action : le métier d’espion, ça consiste avant tout à passer des plombes embusqué dans une bagnole à attendre un suspect pour voir s’il n’aurait pas rendez-vous avec un autre type qui pourrait éventuellement avoir des liens avec une entreprise dont l’un des cadres est soupçonné d’avoir des accointances avec une fille dont on n’est pas certain qu’elle soit tout à fait clean. Vous voyez l’idée. Spooks est une série très, très réaliste. Exercer ce métier, c’est aussi ne pas pouvoir révéler sa véritable identité à sa copine (ou son copain) tant que les collègues n’ont pas fini d’enquêter à son sujet. C’est devoir mentir en permanence à ses proches. Même mort, à votre enterrement, vos collègues espions viendront dire quel merveilleux responsable du service « ficelles » de la boîte vous étiez.

Les thématiques abordées sont riches et variées, souvent inspirées d’une brûlante actualité. Terrorisme bien sûr, mais pas seulement les méchants barbus : les intégristes de la cause animale, l’extrême-droite, les anciens communistes, une ribambelle de fanatiques prêts à tuer des gens pour faire avancer leur schmilbick. L’espionnage industriel et économique tient aussi une bonne place. Et la politique est omniprésente. On n’hésite pas à aborder les saloperies que, sur ordre du pouvoir, les services secrets sont amenés à faire for the greater good. Les personnages de la série s’interrogent souvent sur les implications morales de leurs actions, et sont loin de toujours les approuver. Certains finiront par s’en aller, incapables de continuer.

La série a en effet cette caractéristique inhabituelle : son cast est en permanente évolution. Au terme de la quatrième saison, que Canal+ vient de diffuser, il ne reste pratiquement plus aucun des personnages du début de la saison 1. Certains sont morts, d’autres partis, par choix ou forcés ; on ne dure pas forcément longtemps dans cette profession. Et si, une fois à la retraite, il vous prenait l’envie de révéler ce que vous savez à un journaliste, soyez sûr que vos anciens collègues sauraient s’assurer de votre silence. Par tous les moyens.

Quatre saisons ont été diffusées, une cinquième sera à l’antenne cet automne sur la BBC, et avant même sa diffusion, la chaîne en a déjà commandé une sixième. C’est vous dire s’ils y croient, et ils ont bien raison.

Doctor Who

thumb_whologo.jpgthumb_drwho-may96.jpgUne institution. Je suis sûr que dans les sondages, le docteur est plus populaire que la reine. Née en 1963, cette série a connu 26 saisons (non, ce n’est pas une faute de frappe), des téléfilms et des films de cinéma. Après s’être arrêtée dans les années 80, puis avoir connu un retour sous forme de téléfilm en 1996, la série a connu un nouveau départ l’an dernier ; il y a déjà deux saisons.

Who_1season.jpgDe nombreux acteurs ont incarné le docteur : lorsqu’il meurt, il régénère et change de tête. C’est bien pratique. Mais c’est qui, ce docteur ? C’est la bonne question, vous vous en doutez. Le docteur est un Time Lord, aujourd’hui le dernier de son espèce. Il voyage dans l’espace et le temps à bord du Tardis (pour Time And Relative Dimensions In Space), un vaisseau qui a extérieurement l’apparence d’une cabine téléphonique d’un autre âge. À l’intérieur, c’est autre chose…

Who_future.jpgDans cette nouvelle série, le docteur voyage en compagnie de Rose, une charmante blondinette originaire de notre planète et de notre époque, ça facilite l’identification. Rose, mignonne, vive et curieuse, est un excellent complément à un docteur totalement barré, incarné dans la première saison par un Christopher Eccleston (vu dans Petits meurtres entre amis) dont la prestation touche au génie. À partir de là, tout est permis : du paradoxe temporel bien sûr, des aliens tous plus improbables les uns que les autres, une intrigue policière sur fond d’explosion du soleil, des histoires qui font peur, d’autres qui font rire, certaines qui laissent mal à l’aise, et bien souvent tout ça à la fois. Le tout dans un visuel futuristico-rétro délicieusement improbable. À part peut-être Farscape (une oeuvre plutôt appréciée par ici), il n’y a pas beaucoup de séries qui mélangent les genres avec autant d’aisance et de talent. Bien que commençant à peine à découvrir la deuxième saison, je vous le dis tout de go : nous avons affaire à un chef-d’oeuvre. Une science-fiction débridée, avec juste ce qu’il faut d’aspects scientifiques pour être crédible, mais se permettant des incursions dans le pur fantastique sans le moindre complexe, alignant les gags dans des ambiances apocalyptiques effrayantes, et captivant de bout en bout, épisode après épisode, l’attention du spectateur. Immense.

La série est diffusée en France par France 4, qui rediffusera la saison 1 avant de lancer la deuxième. Attention, n’achetez pas le coffret z2 édité par cette chaîne : l’image est recadrée, c’est dégueulasse. Préférez-lui l’édition anglaise.

2 Responses to 'So british'

  1. Adafairy Says:

    Je ne connais pas Ghost squad - pas diffusée sur les chaines du cable de ce côté de l’Atlantique, mais j’en ai entendu du bien de partout. Alors si Jack y mets du sien aussi, va falloir que je trouve un moyen pour la regarder cette série. Pour ce qui est de Spooks, j’avais vu les 2 premières saisons sur la BBC et j’avais vraiment bien aimé, on va voir comment faire pour regarder la suite.

    Doctor Who! Je suis d’accord à 100% avec toi, Bernie, c’est vraiment vraiment génial comme série. Russell T. Davies (le type à l’origine du retour du Doctor sur la BBC et scénariste principal - créateur aussi de la série Queer as Folk pour ceux qui connaissent) a réussi à amener la série dans le 21e siècle, à la rajeunir et la moderniser tout en gardant ce qui faisait le charme des saisons précédentes (à commencer par la musique du générique et le bruit du TARDIS). Et comme tu dis, ce que fais Christopher Eccleston avec le personnage du Doctor est tout bonnement génial.

  2. ED Says:

    A peine un petit grain de sel à rajouter. Ghost squad : connais pas. Doctor Who : pas eu l’opportunité de voir cette mythique série.

    Spooks, par contre, je la recommande, moi aussi, à tout amateur de séries qui déménagent et ne ménagent pas le spectateur. Si la série est traitée de façon assez classique, les histoires sont bien loin des clichés archi-rebattus sur les espions de Sa Majesté. Moins théâtral que “24″, on sent une réelle volonté de faire “vrai” et ça accroche ; on a affaire à des hommes (et des femmes) exerçant un métier délicat et dangereux mais ce ne sont pas les surhommes de l’Intelligence US :)
    A noter que les séries britanniques comportant nettement moins d’épisodes que les séries US, Spooks ne compte que 36 épisodes pour les 4 premières saisons. A savourer, donc, plus lentement ou plus souvent pour faire durer le plaisir !

    Merci, Bernie, de nous avoir offert ce petit tour d’horizon “so british”. A quand un panorama des séries allemandes ? (just joking)

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