Comment j’ai découvert Samuel Barber

by ED

La musique en fond sonore, ça peut convenir aux salles d’attente et aux supermarchés mais ce n’est pas (encore) de mise dans les musées.

J’étais donc intriguée, en entrant dans une petite salle du Tate Modern, de me retrouver baignant dans une musique un peu austère. Un petit attroupement m’empêchait de bien voir ce qui était présenté dans la pénombre de la salle mais j’avais pu apercevoir le corps nu d’un jeune homme.

barber[1].jpgFoin de concupiscence, c’est la musique de Samuel Barber qui m’a incitée à rester. Au bout d’un moment, des visiteurs ayant poursuivi leur chemin, je me suis retrouvée face au jeune homme gracile qui se mouvait, nu, sur l’écran. Son corps se balançait, ondulait assez souplement en cadence. Son sexe battait, lui aussi, contre ses cuisses, son ventre mais pour le jeune homme, ça n’avait aucune importance, il ne ressentait aucune gêne puisque le public n’existait pas. Seul, il dansait au milieu de sa chambre, l’air absorbé et extatique. Son grand corps blanc et mince semblait s’offrir, entrer en communion spirituelle avec la musique qui nous était donnée à écouter et que nous écoutions dans le silence religieux de cette étonnante chapelle.

Brontosaurus.jpg

J’ai fini par me retrouver seule dans la salle, envoûtée par la musique, fascinée par cette danse, à peine distraite par le va-et-vient des rares visiteurs qui avaient tôt fait de tourner les talons face à ce spectacle insolite.

J’ai pris soudain conscience du spectacle que j’offrais moi aussi, seule à admirer ce jeune danseur nu. De visiteuse, spectatrice, j’étais devenue voyeuse et j’ai ressenti le besoin, littéralement, d’aller voir ailleurs. Mais avant de partir, il me fallait quand même savoir qui était le maître d’oeuvre de cette composition si intrigante et quelle était la musique sur laquelle le jeune homme semblait être en transe. Un panneau se trouvait à l’entrée de la salle mais j’avais été tellement hypnotisée que j’étais passée à côté sans le voir.

taylor-wood[1].gifUn peu gênée, j’ai consacré quelques instants à la lecture du panneau qui m’appris que l’artiste était une femme du nom de Sam Taylor-Wood et la musique une composition de Samuel Barber intitulée Adagio.

Un commentaire de l’artiste expliquait la création de Brontosaurus et replaçait l’oeuvre dans son contexte. On apprenait ainsi que le jeune homme avait été filmé alors qu’il dansait nu sur une musique techno-jungle assez rapide. Puis le film avait été ralenti jusqu’à donner une certaine grâce, élégance aux mouvements parfois désordonnés du danseur. Enfin, la musique originale avait été remplacée par cet adagio mélancolique, accentuant le caractère fragile du sujet livré à notre regard scrutateur et impudique.

J’avais donc bien senti le malaise qu’avait voulu nous faire ressentir l’artiste. Elle-même avait été frappée par l’utilisation de l’adagio pour cordes de Barber au cinéma où la musique avait été choisie pour illustrer tantôt l’héroïsme, tantôt la difformité. Sa composition, quant à elle, mettait en scène les nombreuses facettes de l’humain, à la fois beau, maladroit, pathétique et ridicule , faisant surgir des sentiments tout aussi divers et contradictoires.

J’ai finalement quitté la salle ce jour-là avec le sentiment d’avoir fait une vraie découverte : celle de deux artistes qui, à travers la conjonction de deux oeuvres, arrivent à imprimer une marque profonde.

One Response to 'Comment j’ai découvert Samuel Barber'

  1. xalligator Says:

    Je n’avais jamais entendu parler de Sam taylor-Wood avant mais maintenant j’ai vraiment envie d’en savoir plus. J’espère que ces photographies et films seront présentés bientôt en Belgique.

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