Les Chroniques de Garence

14 mars 2010

Questions de temps

Classé dans : Digestion, Le temps, Questionnement, Être au monde — Garence @ 16 h 48 min

Mais où passe le temps ? Telle est la question ! Où passe-t-il ? Que devient-il ? En quoi se transforme-t-il ?

Un ami me disait que le corps humain est le temps matérialisé, par le processus du vieillissement.  Ainsi, si je veux me rendre concrètement compte du temps qui passe, je me regarde dans un miroir et peux constater les première rides apparaissant autour de mes yeux ou l’arrivée des cheveux blancs parmi la chevelure brune. Bon. Mais en dehors de l’aspect purement esthétique du vieillissement, l’on peut constater que l’organisme aussi se transforme avec les ans. Par exemple en récupérant moins vite des longues nuits passées à danser ou lorsqu’un beau jour, un dos se bloque lors d’un mouvement trop rapide.

Le temps laisse des traces bien matérielles de son passage, mais pouvons-nous le réduire à une érosion, à un immeuble qui se construit, à une ride qui s’affirme au fil des années, à des enfants qui grandissent, à des études qui se terminent, à des lunettes qui apparaissent sur le bout du nez ? Quelle sensation nous laisse le temps qui passe ?

Le temps est subjectif, ainsi nous le percevons de manière différente suivant notre état et l’activité que nous exerçons. Mais de manière générale, il passe beaucoup trop vite et même si nous essayons ardemment de la retenir, il nous échappe toujours ! Nous n’avons pas d’emprise sur lui, il est irrémédiable dans son fonctionnement, mais nous pouvons lui attribuer différentes formes : une maison que l’on construit selon ses envies, un voyage en Chine, mettre un enfant au monde, monter son entreprise, dormir, faire l’amour, manger.

Le temps est un processus. Et si je me réfère à la définition du terme processus, cela donne : l’ensemble des ressources et des activités liées qui transforment les éléments entrant en élément sortant. Le temps est à la base de tout. Lorsque l’on a un chagrin, on sait qu’il passera avec le temps. Idem pour un deuil (un peu plus de temps). Ce qui me sépare de mes prochaines vacances ? Trois mois, le temps encore.

Cela me fait penser à cette loi physique qui dit que rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. J’aime voir le monde de cette manière, notre vie de cette manière. Prenant une forme à un certain moment, puis devenant nourriture pour animaux l’instant d’après. Le monde est un développement durable dans son fonctionnement naturel !

Pour en revenir à la condition temporelle de l’être humain, nous sommes un processus à long terme, ne sachant pas quelle transformation finale nous attend. Mais le temps est également une affaire de tous les jours, de tout moment et pas seulement dans une durée. Cela peut être un instant, un moment précis. Le temps semble s’arrêter parfois, lors d’un événement majeur où tout bascule. Et puis nous avons les processus marquant régulièrement le temps,  qui nous rassurent, faisant partie de notre quotidien, rythmant nos journées par des cycles réguliers, comme la digestion.

Tout passe par la digestion. Elle est à la base de l’énergie et du fonctionnement corporel. Et par extension de l’intellect. Mon énergie me dicte la manière de vivre ma journée. Mes vitamines sont-elles bien assimilées ? Les toxines sont-elles éliminées ? Est-ce que je lâche le superflu ?

J’aimerais revenir au temps des siestes. Donner la possibilité à mon corps de se focaliser sur ma digestion après le repas. Que mon organisme puisse faire son travail dans les bonnes conditions. Sans parler de nourriture matérielle, je conçois mon chemin de vie comme un chemin de digestions successives. Parfois avalant, parfois savourant, parfois vomissant, parfois de manière acide, j’apprends à digérer mon ego.

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Et à certains moments, il m’arrive de le roter tout simplement. Ce que je fais en ce moment. Je rote mon ego, et ma vingtaine fraîchement quittée. Passer le cap, laisser pour de bon le 2 de la dizaine et le remplacer par un 3. Si au début l’angoisse pointait le bout de son nez en même temps que la date fatidique approchait, une espèce de détente s’est opérée au final. Ainsi je libère le gaz angoissé du vieillissement par l’éructation et je me détends en pensant que je mûris.

C’est peut-être cela la trentaine, apprendre à tourner mon point de vue afin de permettre à mon esprit de se focaliser sur les aspects positifs et constructifs.

Si l’on regarde d’un point de vue angoissé ou pessimiste les années passées, on se dit : « Merde ! mon passé est déjà inscrit et je ne peux plus rien y faire ! C’est irrémédiable. » Mais, si je prends mon point de vue de trentenaire constructrice, je me dis : « WaoW ! Tout ce que j’ai déjà fait ! Et ce n’est qu’un début ! »

En quittant la vingtaine, je laisse derrière moi, l’angoisse de l’instabilité, j’apprends à me détendre, je suis moins écorchée et je fais moins une affaire personnelle des petits aléas de la vie. J’évite un peu plus judicieusement les positions inconfortables sachant un peu mieux qui je suis et je peux même déjà profiter de ce que j’ai parfois hasardeusement construit au fil de la vingtaine.

Mais avec les années, surgit également la réalité, et la digestion de celle que je suis et non de celle que j’aurais souhaité être. Ainsi, en rotant ma vingtaine, je rote mon ego idéal.

Et mes trente ans sonnent l’acceptation de moi.

©MonalisaOD

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