Les Chroniques de Garence

13 juin 2010

Carnets de voyage (suite encore!)

Classé dans : Le temps, Voyages, Être au monde — Garence @ 11 h 43 min

Certains jours ne se déroulent pas vraiment ou pas du tout de la manière prévue. Nous pouvons dire cela d’aujourd’hui.

Le réveil sonne à 6 heures, mais Romy et moi sommes déjà éveillées depuis quelques minutes, l’excitation n’ayant cessé de croître durant la nuit. Lorsque nous regagnons le restaurant, Romy découvre, presque fâchée, un de nos couples adversaires dans la folle course poursuite qu’elle seule imagine, attablé. « Ils sont venus avant 6h30 (heure à laquelle est censé débuter le petit-déjeuner), les tricheurs ! ». Cela me fait sourire et je sais que ce sera un souvenir supplémentaire, qui nous permettra de rire encore quelques fois après notre retour sur le continent européen.

La pluie n’a cessé de tomber (« Hé ! Ils avaient annoncé la fin de la pluie à 5 heures du matin à la radio ! » s’exclame Romy outrée de l’affront réalisé à son égard par la météo) et nous embarquons fraîchement  notre monture direction le Piton de la Fournaise ! Le paysage agrémenté d’un vent à décaper les pèlerines se révèle hostile et envoûtant à la fois. La route pas toujours construite nous fait prendre des allures de rallyes. Nous commençons à déchanter quant à la possibilité de voir notre volcan promis, la visibilité ne se faisant pas plus loin d’un mètre devant nous. Nous arrivons à destination, rejointes par un autre couple concurrent. La pluie fouette nos corps et nous trempe jusqu’à l’os, le temps d’une sortie de 3 minutes top chrono. La visibilité est nulle, mais le souvenir en sera mémorable.

Déconfites un peu, nous descendons voir Saint-Pierre, village au bord de l’océan. La température remonte et nous redonne des sensations de vacances au soleil. Une promenade à travers les rues dudit village ne nous convainc nullement et nous décidons de continuer notre périple. Route toujours, le jeans de Romy littéralement collé au bas de son corps, nous embarquons pour une destination que nous n’atteignons pas, nous trompant de route sans nous en rendre compte. Le principal est de rejoindre Cilaos, prochaine terre d’accueil, ce que nous faisons après quelques centaines de lacets dans la montagne. Le guide nous prévient, aucun restaurant ne sort du lot, hormis celui de l’hôtel dans lequel nous logeons. Nous décidons de garder les bonnes victuailles pour le soir et nous sustentons moyennement dans un restaurant plus snack qu’autre chose.

Direction office de tourisme afin de récolter les informations sur les bains thermaux décrits dans le guide (devenu meilleur ami de Romy). Autre imprévu, les bains sont fermés cet après-midi et demain. Le moral toujours au beau fixe, nous décidons de profiter du jacuzzi, de la piscine et du sauna de l’hôtel (un dépliant nous décrit notre maison d’accueil pour la nuit à venir).

L’hôtel en rénovation, la réceptionniste à l’accent du sud de la France (mais pas autant au sud que là où nous nous trouvons !) nous annonce que le restaurant est fermé depuis quelques mois. Une brochure dans la chambre nous annonce, quant à elle, que le sauna est également fermé, le jacuzzi payant et  la piscine que nous voyons depuis le balcon de notre chambre, sale. L’après-midi déjà entamé sera dévolu à la lessive, au repos, à l’étude du guide afin de préparer la randonnée du lendemain et à un peu d’écriture.

Le soir, nous nous rendons dans un ancien séminaire afin de nous restaurer. Au moment du départ, la pluie commence sa descente sur terre. Romy, prise d’une soudaine insolence liée aux divers aléas de la journée, met Dieu au défit. Et comme si ce dernier existait ou avait entendu quoi que ce soit, nous gratifie d’une pluie encore plus virulente, essayant de nous dissuader de l’outrager à ce point. Nous arrivons au restaurant et jouissons d’une terrasse couverte et mangeons un plat typiquement réunionnais, comme à chaque fois. Et comme à chaque fois, le riz et les haricots (ou les lentilles) accompagnent le plat de résistance. Nous commençons à nous lasser gentiment de ces victuailles trop répétitives.

Au moment choisi de l’accalmie, nous décidons de rentrer à l’hôtel. Quelle n’est pas notre non surprise lorsque la pluie devient déluge. Nous rions de l’outrage fait à Dieu par Romy tantôt et continuons nos rites de païennes en pestant énergiquement contre la pluie. « Sa mère la pute » entonne Romy à la frange perlée, suivi d’un « Oui la vierge !!! ». Les divers « Putain !», « Fais chier !», « Saloperie ! » rythment nos pas.

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Nous rentrons détrempées et regagnons notre nouvelle couche en doutant fortement de la possibilité de pouvoir entreprendre notre marche demain matin. Mais nous ne nous avouons jamais vaincues (ce serait mal nous connaître !). Sagement, nous entreprenons nos lectures respectives. Cette journée se clôt comme elle a commencé, avec de la pluie, et une petite variante dansante sur un air de Michael Jackson, le haut de mon corps et les bras de Romy battant le rythme.

Avant de fermer mon document Word, je fais défiler la succession de lignes écrites ces derniers jours et je me surprends à une dernière réflexion en réalisant le temps matérialisé, non pas tant par la narration de notre voyage, que par la succession des mots noirs sur les pages blanches. Le temps qu’il m’a fallu pour les écrire, le temps qu’il me faudra pour lire et relire le récit afin de lui donner une forme qui me conviendra suffisamment afin de le montrer aux autres et le temps qu’il vous faudra, lecteurs, afin de le lire.

Un besoin de remplir le temps avec sens étant une démonstration de mon angoisse liée à ce dernier.

Une dernière précision encore, la satisfaction de pouvoir matérialiser le temps en une création concrète. Ce temps si relatif, ne pas le perdre. La maîtrise n’est toujours pas là, elle ne sera jamais là d’ailleurs, mais la trace du temps, oui. Et à plusieurs niveaux : garder le récit intact au moment où il est vécu, ne pas le déformer à cause du temps qui passe (j’ai lu une fois, que le cerveau a la capacité d’embellir nos souvenirs à chaque fois qu’il s’en souvient. A chaque fois, il le rend un peu plus beau. Devrait-on y voir un profond optimisme de la nature humaine ou une éternelle insatisfaction de ce qu’elle vit ?) et la trace de la réalisation de l’écrit.

Le temps est une mesure si vite oubliable et difficilement objective, scientifiquement parlant, si l’on fait uniquement confiance au cerveau humain.

©MonalisaOD

©Garence

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