Les Chroniques de Garence

28 février 2010

L’éveil

Classé dans : Être au monde — Garence @ 20 h 10 min

Tous les matins, je viens au monde. À l’aide d’une douche qui éveille ma peau et mon visage, puis d’un petit-déjeuner pris dans la cuisine, m’occupant ainsi de mon système digestif.

Si je pouvais choisir une heure de lever idéale en semaine, ce serait 8 heures. Je pourrais me lever avec la lumière du jour. J’adorerais prendre le temps de mon petit-déjeuner, lire le journal cybernétique et dire bonjour à mes amis. Un petit message envoyé pour souhaiter une belle journée. Les accueillir dans leur réveil tout aussi brumeux que le mien parfois.

Le brossage de dents, un dernier, non deux, non trois !  coups d’œil, dans la glace, je mets mon parfum et hop le palier est franchi !

Je m’éveille en musique également. Dès que je sors dans la rue. Je vis en musique devrais-je dire. Impossible de passer un moment sans musique, sauf lorsque j’enseigne ou qu’une activité que j’exerce ne s’y prête pas. Mais cette deuxième possibilité est plus rare. Je me découvre de plus en plus solitaire. Je souhaiterais toujours pouvoir gérer mon temps, sans autre contrainte que mon envie. Haha ! Capricieuse ! Eh oui, je l’avoue sans honte ! Nos petits défauts font notre charme et j’aime à affirmer mes dissidences. De plus en plus. Vous l’aurez donc tous compris, je me trouve charmante !

Et je sors dans la rue. Palpant l’éveil de la ville. La pulsation de la journée qui s’entame. Je monte dans le bus. Les gens semblent concentrés sur leur vie : « mince, j’ai oublié de dire à Denis d’acheter une brique de lait en rentrant ! », «  je suis sûre qu’on voit mes bas à travers mes leggins… », « est-ce qu’il est fâché ? », « pfff… je suis fatiguée… », « j’ai envie de mourir », « et si on passait quand même par Bellegrade ? », « ah bon ? les romands n’ont pas d’imagination ? », « on voit mon bouton ? », «  je l’aime », « il fait beau », « encore une journée de merde ! »….

Pour ma part je me repasse le planning de ma journée afin d’être prête. Et oui, j’ai mis mon parfum. La musique m’emporte dans des souvenirs. Je suis encore dans le moment passé. Petit temps de retard qui montre mon éveil pas tout à fait achevé.

Rive. Je ne comprends pas ce que les autorités attendent pour rendre cet endroit du centre ville viable. Voilà une aberration de Genève !

Ma pensée s’échappe déjà. Une fois dans le bus, je ne pense pas au temps. Le trajet est le temps matérialisé. Je le maîtrise. Si l’imprévu survient la question suivante se posera tout de suite à mon esprit : combien de temps puis-je me permettre cette digression ? Comment être à l’heure si le bus est bloqué, kidnappé, désintégré ou si un petit vieux meurt d’une crise cardiaque à l’intérieur de mon fidèle destrier ? Taxi ? Course ? Autre bus ? Ai-je de l’argent sur moi ? Dans combien de temps le prochain bus ? Ah non ! pas envie d’arriver transpirante à l’école. Je suis l’anticipation faite femme ! Je suis toujours prête à réagir. Mais pour le coup, mon rapport au temps en devient complexe !

Je sors du bus. Ça y est ! l’éveil est imminent ! Ah non ! Pas mon collègue sur le chemin de l’école ! C’est encore un moment que je veux passer seule. Je dois paraître désagréable à cet instant, mais je ne suis pas prête à discuter d’une quelconque banalité de travail alors que 8 heures n’ont pas encore sonné. J’entrerais dans le monde par les coulisses. Je me plonge dans la musique encore plus fort ! Petite résistance et liberté octroyée à mon être qui me permet de me sentir vivante, hors du moule.

chronique_n1

L’école, la salle des maîtres, mon casier. Ça y est, je sens que ça vient !

Ma voix devient plus claire, la cloche sonne. Je gravis les escaliers jusqu’en salle 27, mes élèves m’attendent devant la porte :

« Bonjour ! Vous allez bien ? »

Je suis là.

©MonalisaOD

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