Les Chroniques de Garence

25 avril 2010

Electron 2010!

Classé dans : Le temps, Musique, Être au monde — Garence @ 15 h 38 min
Presque 14′000 personnes venues en masse afin d’écouter, découvrir, voir, revoir, danser,  aimer, détester, rester perplexes, déçues ou enchantées, des artistes de la scène électronique de tous horizons. Le week-end pascal a été l’occasion de partager, boire, observer, écouter, entendre, s’imprégner, s’immerger de musique actuelle, mais surtout de faire partie des quelques privilégiés à participer d’une manière ou d’une autre à ce qui se fait dans le monde au moment où cela se produit.

Comment expliquer ce qui s’est passé pendant 96 heures? Le festival touche à la culture, la musique, il s’agit d’humains œuvrant tous dans le même sens, pour le même but. Et oui, si je veux vous raconter Electron, je souhaite le faire par un regard un peu particulier ! Car si l’on connaît tous les devants de la scène, les coulisses, ma foi, sont une autre histoire ! Et cette histoire prend un tout autre sens, sans aucun doute !

Jour 1 : le réveil se fait avec une excitation stimulante, me rappelant les jours de première au théâtre. The day of the year ! Finalement ! Je sais que je ne verrai rien passer jusqu’au lundi matin, que les nuits seront courtes et qu’une journée m’en paraîtra deux et je m’en réjouis !

La journée se dédie à la mise en place du festival. Nath (une amie que j’ai réquisitionnée pour le festival) a installé son campement dans une des chambres de mon appartement et m’accompagne lors de la première tournée de reconnaissance afin de s’imprégner des différents lieux. Je vais voir où en sont les backstages, découvre la tente qui est installée à l’occasion du festival, les barrières qui bloqueront la rue de la Coulouvronnière, je croise Pierre déjà affairé à tourner dans tous les sens et je repère le quartier général, encore simplement signalé par des panneaux « WC ». Je gravis les escaliers, salue les organisateurs et trouve un endroit afin de laisser mes précieux sacs contenant tout le matériel de survie pour ces prochains jours : les plannings journaliers, l’ordinateur, les fiches de présentations des artistes, le cahier que je vais remplir au fil des minutes du festival, un déodorant, des chewing-gums, mon téléphone, le chargeur (yes ! je ne l’ai pas oublié !) les lunettes, une boîte de stylos, du scotch, ma brosse à dents, de l’huile essentielle d’épinette noire, des gélules de ginseng, la bouteille d’eau, et même quelques cigarettes au cas où l’envie me prendrait de fumer.

Qui pourrait croire que dans 12 heures, le public sera déjà en train de danser, boire, entrer, sortir, alors que le bureau n’est qu’un banc avec des affaires par terre et les scènes à peine investies par les techniciens ? Les différents responsables et bénévoles arrivent au fur et à mesure que les minutes avancent, composant ainsi le cœur du festival. Le premier repas  frugal commun pris, les problèmes pointent leurs sabots, les urgences doivent se régler, une première réunion se déroule dans la salle encore vide du Zoo, les radios sont mises en service, la connexion internet se fait, les premiers bénévoles sont à leur poste, les artistes arrivent pour leur soundcheck, l’anglais est joyeusement mis à contribution, les premiers kilomètres sont courus, des solutions trouvées, la porte de l’Alhambra ouverte, le public assis, la sécurité mise en place, les caisses ouvertes, la nuit tombée et à 22 heures, le festival « dancefloor » prend son inspiration pour débuter avec des Djs sur scène et des amplis à pleine puissance afin de s’approprier le quartier de la Coulouvronnière pendant 4 nuits.

La première nuit se déroule, roule, vrombit, rugit, le public danse, laissant les corps s’exprimer sur une musique électronisante. Trois salles et trois backstages sont investis entre le Zoo, le Rez et le Palladium. Une tente montée à l’extérieur accueille un bar et le stand merchandising, les artistes arrivent par les coulisses tout au long de la nuit, les runners s’occupent de véhiculer les artistes internationaux de l’aéroport à l’hôtel, de l’hôtel au festival et ce, à toute heure du jour et de la nuit, car lorsque certains arrivent, d’autres repartent pour de nouvelles aventures ou s’empressent d’emmagasiner un peu de sommeil avant le prochain avion. Deux bouteilles d’alcool fort sont volées, puis rendues, des discussions sur la consommation en masse de la musique dite commerciale sont entamées et débattues en backstage. Les gens se croisent et se décroisent au fil de la nuit, plusieurs microcosmes tournent autour la fête, le public, les artistes, les bénévoles de différents secteurs, les responsables, le comité, la sécurité, les membres du bureau. Au fur et à mesure de la nuit, les gens se croisant dans les escaliers menant au quartier général se font de moins en moins nombreux, les bâillements s’esquissent sur certains visages, le soulagement que la première nuit soit lancée et que la fête soit belle se ressent. Dans cette course folle, je m’arrête un instant et écoute le premier morceau joué par Mixhell (un remix de Soulwax, Mixhell et Crookers « We love Animals »). A ce moment précis, j’ai effectivement la sensation de  la réalisation de ce qui est attendu depuis des mois. Je savoure ce petit moment à côté de la scène, la radio toujours à l’oreille et prête à intervenir le cas échéant, me rappelant les moments de préparations où chez moi, j’écoutais ce morceau en me réjouissant de l’événement. Voilà que je le vivais ! Pendant 5 minutes, puis je reprends les escaliers afin de continuer la nuit.

A 6 heures du matin, les radios se rendent par les derniers chevaliers de la nuit, le soleil pointe déjà ses rayons, certaines courbatures se font sentir et le lit lance son appel criant afin de se reposer quelques maigres heures.

10h15, premier appel d’artiste, pas de répit pour les ouvriers du monde de la nuit, les pieds dans la baignoire, la douche vitale est prise, le ginseng ingurgité et voilà que le Jour 2 commence ! La course reprend, les gens commencent à pester contre la montée d’escalier qu’il faut gravir afin d’atteindre le quartier général du festival, les badges continuent à se faire, des rires sont partagés, une réunion afin de rectifier les petits capotages de la veille est tenue, les artistes du jour arrivent petit à petit, de nouveaux kilomètres sont courus, le repas, les caisses, le MàD est investi pour les deux prochaines nuits, le public, les décibels, la danse, la musique et l’exploit de trouver une bouteille de Dom Pérignon à minuit est accompli. Et oui ma chère Romy, amie de vie et hôtesse au Palladium, se sent investie d’une mission, lorsqu’un DJ demande s’il est possible d’avoir une bouteille de Dom Pérignon. Après avoir recouru à toutes les ficelles internes du festival sans succès, c’est dans la cave privée de ses parents, en empruntant la voiture d’un bénévole du catering que Romy fonce chercher le précieux breuvage. L’exploit s’accomplit avant la montée sur scène du DJ chouchouté, Romy boit une coupe de champagne et le DJ est prêt à livrer le meilleur de lui-même pendant 2 heures pour une foule ravie. Le bonheur de la foule en délire est également présent à quelques pas de là, dans la salle du Zoo, devant un DJ Zinc qui déchire tout sur son passage ! Les formulaires SUISA se remplissent et la machine continue !

Jour 3 ! Une petite excursion à la Coop me fait prendre conscience que le monde continue à tourner autour du festival. L’immersion est étrange et je repars au plus vite afin de rejoindre mes compagnons de route.

Cet après-midi, un des deux programmateurs est en excursion à Lausanne, car il se fait interviewer à la télévision. Une partie de l’équipe regarde les images retransmises et l’on sent l’émotion d’être au cœur de l’événement et l’excitation de voir un être bien connu dans des conditions particulières et surtout se faisant le porte-parole de l’événement démentiel.

La fatigue se fait sentir chez les uns et les autres, mais la motivation est toujours présente. Une sieste de 30 minutes entre 3h et 3h30 permet d’assurer le reste de la nuit. Un artiste oublié à l’aéroport (oups !) et une bouteille de champagne (pas un Dom Pérignon cette fois !) est offerte à son arrivée pour excuser l’omission.

Une équipe de tournage suit un de nos artistes, la foule ne désemplit pas et déjà au QG, l’on sent qu’il ne reste plus qu’un jour et que malgré la fatigue accrue, certains souhaiteraient retenir le temps, rien qu’un peu.

Jour 4 et 6 heures de sommeil ! Presque fraîche après ces longues heures de repos, j’entame le dernier jour à 14h00 avec l’accueil du premier groupe. Dans l’air, l’on sent déjà que ce jour annonce la fin du festival. Moins de monde, les gens arrivent plus tardivement, l’atmosphère est détendue, mais le pas toujours alerte ! Petit stress du côté du REZ qui enchaîne les lives et qui se voit donc affubler d’une technique lourde pour le dernier soir. Mais ces techniciens ou magiciens devrais-je dire s’en sortent, une fois de plus, à merveille !

Une petite attention spéciale est prévue cette fois : l’anniversaire surprise d’un DJ accueilli au Zoo. Deux gâteaux sont cuits et la stratégie est mise en place. Au moment de l’accueil, le mot d’ordre est formel : personne ne lui souhaite son anniversaire. C’est à la fin de son set, que notre artiste, guidé par une hôtesse, se retrouve dans une salle avec plus de 50 personnes inconnues lui chantant un joyeux anniversaire en anglais (évidemment !) et qu’on lui amène les deux gâteaux, chacun orné d’une bougie à souffler. Une belle émotion est partagée, la fatigue se lit, se ressent et se vit. La salle prend déjà un air de fête et avec comme arrière-fond, un sentiment de fierté d’avoir accompli un exploit pendant 4 jours.

La fête se termine à 6 heures, le dernier cachet est rétribué, la foule insistante est priée de s’en aller, la salle se vide, le vestiaire se dénude et la conscience pas tout à fait là, j’accomplis ma dernière mission : récupérer mes affaires et rendre ma radio presque devenue la greffe naturelle de mon oreille droite. Je trouve un entrepôt d’accueil provisoire et finalement, je profite de la fête à mon tour ! Une cigarette avec un petit rhum coca, 12 ans d’âge, je sais c’est un gâchis, mais dieu que c’est bon !

Assise un moment avec la comptable sur la scène du Zoo, j’essaie de reprendre contact avec le temps, le monde et la réalité. Que le temps a passé vite ! Trop, évidemment ! Certains d’entre nous sont déjà partis sans que je ne m’en rende compte, d’autres partent, Romy aussi. Le cœur ne veut pas rentrer, le corps a besoin de repos, le cœur l’emporte et c’est encore une heure que je danse, dans une salle avec un programmateur en forme derrière son ordinateur relié à la table de mixage et une foule bien compacte, composée des bénévoles du festival et de quelques intrus. Le soleil est présent, radieux, comme pour nous féliciter d’avoir œuvré  avec cœur pendant 4 jours et nuits. Car ce que l’on oublie souvent, en dehors de ce que représente la nuit ou la fête, qui semble souvent superficielle pour la majorité de la population, c’est qu’en dehors d’un aspect social ou de liberté et de création qu’elle offre, elle permet un véritable partage. D’un instant, certes, mais un partage sincère et riche. Des personnes de la terre entière se retrouvent un court instant, car une passion les relie. C’est une force qu’il ne faut pas oublier, car elle permet d’accomplir des miracles !

Après quelques rires mémorables, à 9 heures du matin, il est temps de rentrer regagner ma couche. Je sors de l’Usine, croise une permanente du Zoo au téléphone et Pierrot qui démonte les barrières avec son équipe. Mes sacs sur le dos, les lunettes de soleil sur le visage, je rentre, épuisée mais si heureuse !

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©MonalisaOD

©Garence

11 avril 2010

Lâcher prise

Classé dans : Le temps, Musique, Être au monde — Garence @ 20 h 07 min

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