Les Chroniques de Garence

23 mai 2010

L’art du temps

Classé dans : Le temps, Les hommes, Être au monde — Garence @ 16 h 48 min

Le vendredi soir, c’est la carotte ! La récompense suprême pour me féliciter d’avoir traversé (parfois tant bien que mal !) la semaine de travail : l’apéro rituel avec Lula. Après huit heures d’enseignement, je saute dans mon tram, accompagnée d’une euphorie qui me souffle tout doucement : c’est le week-end ! C’est le week-end ! L’excitation grandit au fur et à mesure que le tram s’éloigne de l’école, mon cerveau est prêt à la déconnection salutaire. Je passe jeter mes affaires dans ma cuisine, troquer le gros sac contre le petit de sortie, ce soir l’apéro change forme : Festival Particules ! J’ai rendez-vous à 17h45 directement sur place.

Je tiens mon timing (et là je me félicite de l’exploit !) arrive au théâtre, reçois un message de Lula qui m’annonce son retard, j’ouvre la porte et découvre la mise en route de l’espace public encore privé.

« A quelle heure ça commence ?

- 19 heures.

- Ah ok, merci ! »

J’aurais dû me renseigner directement sur le site du Festival et pas uniquement auprès de  l’annonceur (pourtant fiable habituellement) avançant d’une heure le début de la première performance. J’appelle donc ma camarade et nous nous rendons au Moloko afin de profiter de cette heure de battement.

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Deux heures et demie plus tard et un thaï dans le ventre, nous nous rendons à l’Ecurie, le concert de The Monsters ayant eu raison des diverses performances prévues initialement. Une autre forme de culture qui correspond ma foi mieux à l’état de lâcher prise du vendredi soir.

La détente continue donc à se faire, les gens sont nombreusement présents et le premier concert est sur le point de débuter. Arrive alors Claire, dans un état ayant largement dépassé le Wisconsin (expression héritée de mes amis québécois, imageant un état d’ébriété avancé et que je trouve des plus efficaces) ! « Je picole depuis 17h (il est 22 heures), j’en peux plus ! J’suis mal là. Vais pas tarder à me coucher ! »

Claire s’est séparée du père de son fils. Claire est amoureuse d’un nouvel homme dans sa vie. Claire aime baiser et me raconte ses dernières frasques sexuelles caractérisées par un zizi trop grand cette fois ! Une donnée nécessaire à savoir sur Claire : l’amour n’empêche en rien d’aller voir ailleurs comment on y baise, tant que cela lui fait du bien ! Elle me raconte qu’une de ses amies lui a dit un jour : « tu as le syndrome « elle ne sait plus quoi », tu as tout le temps envie de baiser ». A ce moment, Claire et moi nous faisons la réflexion suivante : si un homme couche avec qui bon lui semble, il est normal, mais s’il s’agit d’une femme, cela devient un syndrome. Ose-t-on encore parler d’égalité ?!

Le concert programmé avant celui des Monsters débute avec une énergie à décaper le peu de couche d’ozone qu’il nous reste ! La température monte violemment et la concentration des musiciens me fait partir dans une réflexion, sur un rythme rock trash punk. Au milieu d’une foule plus que compacte, tout devant, je scrute les musiciens en me laissant aller aux différentes sonorités. Je me pose des questions. L’une d’entre elles : A quoi pensent-ils avec tant d’intensité, sur quoi est focalisée leur attention à ce moment précis ? Comment le corps va-t-il se souvenir de ce moment ? (Oups cela fait deux questions !)

Je regarde le public, vois ces corps mouvants et les yeux fixant la scène avec concentration là aussi. A quoi pensent ces gens ? Pensent-ils ? Sommes nous toujours en train de penser (moi oui), d’analyser ? Je suis prise d’une émotion (le deuxième concert commence), je suis toujours émue de voir comment une manifestation culturelle, quelle qu’elle soit, festive, intellectuelle, artistique, rassemble tant de gens. On peut généralement voir une appartenance entre les êtres réunis, mais au milieu de l’appartenance, certains électrons libres se manifestent également. Toutes ces personnes, sont, quoi qu’il en soit, réunies parce que ce groupe précisément joue ce soir. Je trouve cela beau et réconfortant dans une société dont on dit qu’elle perd ses valeurs. Pourquoi venons-nous là ? Qu’est-ce que cela nous offre ? Une bulle d’air dans un quotidien, un espace d’expression vital, une beauté que l’on met de côté trop souvent dans nos vies occupées à travailler et à œuvrer dans la société. Prendre un moment pour soi, simplement dans un univers que nous aimons. Un moment de répit. Un partage tacite avec les autres membres du public. Un lâcher prise, une détente, un moment préservé de tout stress, où le temps est mis de côté.

Mais qu’est-ce qui fait que l’on aime ce type de musique plutôt qu’un autre, un style vestimentaire ou un peintre ? Qu’est-ce que cela va-t-il déclancher ? Qu’est-ce que cela nous rappelle ? Pourquoi ?

Je peux exprimer ce qui me touche dans un tableau ou dans une musique, je peux parler de la technique parfois et de l’émotion que l’œuvre fait naître en moi, mais je ne sais dire pourquoi. Différents facteurs extérieurs nous modèlent évidemment, notre vécu, la famille, notre culture, la société, l’enseignement, les amis, etc. Mais qu’est-ce qui vient réellement de moi ? Cette part de moi que je ne saisis jamais totalement. La lampe inconnue dont parlait René Char.

L’art est clairement un moteur chez moi. Je me remplis de beau lors d’expositions, de visites aux musées, lorsque j’écoute de la bonne musique en soirée ou chez moi, je me nourris à travers les livres et ensuite j’ai un moteur qui me permet d’évoluer dans la société plus sereinement et pleine.

L’enjeu est donc de préserver une bulle d’art à travers le quotidien et ainsi s’accorder les respirations vitales afin de continuer le chemin sans étouffer.

©MonalisaOD

©Garence

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