Les Chroniques de Garence

30 mai 2010

Carnets de voyage (la suite!)

Classé dans : Voyages, Être au monde — Garence @ 13 h 23 min

La pluie et le karaoké auront été les compagnons de cette nouvelle journée que nous passons en majorité dans la voiture à arpenter la route du littoral sud est. Après un réveil un peu plus difficile, nous rejoignons le bord de la piscine de l’hôtel pour un petit-déjeuner continental sur une saveur de confiture de papaye. Le serveur nous annonce la pluie à venir en contemplant l’horizon. Après une douche et des cheveux sans la forme adéquate à cause de l’humidité permanente, nous nous dirigeons vers notre première étape : L’Anse des Casacades. L’océan est vif, les couleurs sombres, les piqûres présentes et la joie au rendez-vous. Un petit détour par un chemin où nous ne sommes pas les bienvenues « Passage interdit, attention aux voleurs », nous chasse brutalement de la recherche de la Pointe de la Table. Les petites filles trentenaires que nous sommes (nous pourrions étudier ici notre rapport à l’autorité !), avec une imagination beaucoup trop fertile, ont une petite frayeur. Nous nous voyons déjà attaquées par des légionnaires perdus, aux airs de pirates et nous menaçant de leurs fusils, ou alors, prises en otages par Rousseau de la série Lost ! Saines et sauves après ces émotions, nous reprenons la route, morte de rire afin de continuer notre périple.

carnet2_finale

Au détour d’un virage, nous voyons, ce pourquoi nous sommes venues de ce côté de l’île : les coulées de lave. Gigantesques, impressionnantes, nous gratifiant ainsi du petit vertige que l’on ressent face à une nature puissante, que rien n’arrête et surtout pas l’humain. Nous marchons sur les coulées de lave, entre le ciel, la montagne et l’océan, récoltons les précieuses pierres volcaniques solidifiées et mitraillons le tout.

Nos ventres aidés du précieux guide, nous mènent à la marmite du pêcheur. Une fête créole a investi le restaurant, mais nous sommes tout de  même les bienvenues. Cinquante personnes célébrant, buvant, mangeant, chantant et dansant. Les airs de « La bohème », « La Groupie du Pianiste », « Could you be loved » et autres classiques (souvent français) sont entonnés dynamiquement et avec conviction. La pluie commence à s’abattre furieusement sur l’île. Devons-nous y voir un rapprochement ? Evidemment non !

A ce moment, en face de Romy, à côté d’un couple auquel ma compagnonne de voyage (et devrais-je dire de vie), a envie de hurler : « Mais séparez-vous ! », à ce moment, alors que le karaoké bat son plein sous la pluie torrentielle, je me perds dans une émotion. La fin de l’année et son bilan se font sentir de manière un peu (mais juste un peu) mélancolique. Je sens la fin d’un cycle destructeur approcher. De nouvelles envies naissent en moi, mais comme à chaque fin et début de cycle, le changement, tout aussi positif soit-il, peut s’avérer désarçonnant. Dans l’autre hémisphère, la tête à l’endroit, je me sens un peu perdue. La sensation de la peur est à nouveau présente et cette fois je veux l’affronter sans la fuir. Cette année aura été épuisante. Ma santé s’en ressent et je décide de prendre soin de moi. Ces carnets de voyages me permettent de boucler une spirale. Des carnets de route comme un carnet de santé. Des carnets de route, prétextes à faire un point. Des carnets de route comme une impulsion de vie. Certaines phrases des chansons du karaoké me parviennent comme une petite tape sur l’épaule me disant : ne t’inquiète pas, ça ira ! L’intime versus la vie publique. Comment être au monde alors que tout est si désordonné à l’intérieur par moments ? Si tout va bien par certains côtés, d’autres sont plus complexes ou plus sombres. L’équilibre de ce que nous sommes. L’acceptation de nos désordres. La cohabitation du chaud et du froid.

J’en reviens au pêcheur et à sa marmite que nous quittons sous la pluie. Le reste du trajet se fera en sa compagnie et celle des bouchons. Nous regagnons la Plaine des Cafres qui nous accueille pour notre troisième nuit en sol réunionnais. La joie de la connexion internet annoncée par le réceptionniste nous vaut d’être remarquées comme souvent lorsque nous arrivons dans un nouvel endroit. Oui, nous ne somme pas d’une discrétion absolue.

La fin de la journée se déroule tranquillement avec une excitation qui croît petit  petit à l’idée d’aller à la rencontre du volcan demain matin. Réveil prévu à six heures. Un peu de lecture. Romy laisse ici son deuxième magasine, toujours soucieuse de permettre à d’autres de bénéficier de petites joies ou petits trésors qu’elle sème, tel un Petit Poucet et imagine que la femme de ménage en profitera. Romy ne peut rien jeter, elle est un développement durable à elle seule et cela, malgré beaucoup d’encombrement et parfois une certaine surcharge, peut s’avérer d’une nécessité primordiale ou d’une générosité égale à un cœur sur la main. Le bonheur d’être utile se lit dans son sourire franc.

Et c’est à ce moment, alors que nous sommes déjà au lit, prêtes à nous endormir, que Romy me révèle le pourquoi de la destination. Certains moments valent de rester gravés dans les mémoires et révèlent les attentions et préoccupations attachantes de nos sœurs ou frères de vie. En voici un. Romy possède une quantité de gels douche. La plupart de la marque Ushuaia. Chaque parfum provient d’un coin plus ou moins exotique de la planète. Romy avait  dans sa salle de bain, la Papaye du Brésil, l’Orchidée du Mexique, le Jasmin du Delta du Nil et le Cèdre de l’Île de la Réunion. Elle s’était rendue compte être allée dans chaque endroit cité, sauf l’Île de la Réunion. Et c’est ainsi qu’elle a entrepris de s’y rendre un jour et ce jour est maintenant et avec moi.

La suite des aventures réunionnaises dans deux semaines!

©MonalisaOD

©Garence

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress